Rabu, 05 Februari 2020

Patagonie intérieure (Littérature Française)

Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française

Patagonie intérieure (Littérature Française) Details

Y a-t-il un monde au bout du monde ? Un secret à découvrir aux confins de ces terres sauvages où ce n’est plus l’homme qui habite la nature mais la nature qui tolère l’homme ? Un hiver, Lorette Nobécourt part seule au Chili pour réaliser ce «rêve très grand et très ancien d’aller un jour en Patagonie ».De Valparaiso jusqu’en Terre de feu, en bateau, à pied, en bus, l’auteur nous emmène au bout du monde où se dévoile, à travers des paysages inouïs, les contours de cette Patagonie intérieure que nous portons tous, espace libre et sauvage dont nous est révélée ici la géographie intime.

Reviews

C'est un récit de voyage que nous offre Lorette Nobécourt, celui qu'elle fît en Patagonie chilienne en décembre 2010 pour la préparation de son roman "Grâce leur soit rendue" et aussi pour marcher sur les pas de l'écrivain chilien Roberto Bolano qui lui fût une révélation. Ces carnets de Patagonie avaient déjà été lus sur France Culture en 2011 et j'avais été sensible à leur magie. Je n'ai pas tout à fait retrouvé ici cette magie, pourtant cette lecture m'a vivement intéressé. Il faut dire que la dame sait écrire et, ce qui est particulièrement important pour un récit de voyage, elle sait regarder. Car même si, comme l'indique le titre, la quête est celle d'une Patagonie intérieure, Lorette Nobécourt a bien été jusqu'à Puerto Williams sur le canal de Beagle, tout près du Cap Horn. Certes les pages sont un peu longues avant d'arriver dans le grand sud mais elles ne font ainsi que rendre perceptible l'impatience de l'auteur qui a hâte de quitter le monde trop habité pour atteindre la solitude qu'elle est venue chercher en ces terres grandioses mais inhospitalières. Cette attente était peut-être nécessaire au dévoilement qui allait suivre et qui s'est produit lors de cette nuit de l'été austral quelque part entre Puerto Montt et Puerto Natales. "Ils dorment tous. Je pousse la porte. Je suis dehors, non, je suis dedans, je suis dans l'envers du monde. Il existe un envers du monde qui est à l'endroit, où se dressent majestueux les dieux et déesses qui peuplent cet univers inversé. Seule sur le pont, je m'avance vers l'avant du navire, presque timide, presque gênée d'assister à cette assemblée surnaturelle où se discute le vrai destin du monde. Il y a une forme d'indiscrétion à se tenir là. De toute ma vie, je n'ai jamais rien vu d'aussi pur. Ce n'est pas un paysage. C'est une porte."Nombre de fois au cours de ce voyage l'auteur a eu l'occasion de manifester son agacement devant la grossièreté de la soi-disant civilisation, contre les touristes, la télévision, les portables etc, "la porc attitude" révulse son besoin de pureté, d'authenticité...Elle en serait presque misanthrope mais si elle a la dent dure elle a aussi le regard juste. L'on devine toutefois que derrière cette querelle à l'humanité telle qu'elle va mal c'est une réconciliation avec elle-même qu'elle est venue chercher au bout du monde et qu'elle finira par trouver: "Quinze mille kms aller, quinze mille kms retour, trois arcs-en-ciel, combien d'heures de bus,de bateau,d'attente pour intégrer cette vérité si simple. C'est la première fois, cependant, que je l'accepte réellement. J'accepte que mon chemin ne soit que cela, le mien. Qu'importe ses limites, il en a tant, ou ses défauts, il est mien."D'une certaine manière l'âme tourmentée de l'auteur dépose les bagages et une forme de foi accompagne cette réconciliation: "A ce degré de profondeur, la beauté est croyante. Elle agenouille, et la prière nous vient comme une langue nécessaire".Ici où là certains s'agaceront. Il y a des formules incongrues: "A la frange de mes cuisses les rouge-gorge sont tous morts" qui moi m'amusent plutôt, certaines outrances: "Lorsque j'ai froid, je pense à Auschwitz et je me souviens que je n'ai jamais eu froid". Lorette Nobécourt est sans doute parfois excessive mais son refus des faux-semblant et son exigeance la rendent attachante. Nous avons besoin d'âmes ardentes.

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